Art et enjeux climatiques : le regard de trois artistes femmes

En tant que curatrices d’une galerie féministe, il est important pour nous de représenter des femmes aux démarches artistiques engagées et réfléchies. Avec une crise écologique sans précédent à nos portes, il est donc naturel que plusieurs de nos artistes intègrent la question des enjeux climatiques dans leurs pratiques.

Aussi créatives dans leur approche des matériaux que de leur prise de vue de la situation, ces artistes s’efforcent de nous faire questionner notre rapport à la planète bleue.

 

Art, recyclage et catastrophes écologiques – avec Marie-Denise Douyon

 

Originaire d’Haïti et évoluant dans un Québec de plus en plus concerné par les changements climatiques, les thèmes liés au réchauffement de la planète, aux catastrophes écologiques et à leurs répercussions sociales et environnementales sont au centre de la démarche artistique de Marie-Denise Douyon.

Avec sa collection de Afrik Eco Art et par le biais de la récupération, Marie-Denise Douyon crée des œuvres uniques à partir de rebuts et divers objets trouvés symboliques : rebus électroniques, chaînes de vélos, vis et matériaux de construction.

 

 

À partir de 2006, Marie-Denise Douyon crée une série d’œuvres qu’elle intitule «Feray», mot créole qui signifie ferraille. Par ce titre, l’artiste évoque les matériaux qui constituent les œuvres réalisées avec des pièces de bicyclettes recyclées.

A titre personnel, je trouve particulièrement intéressant de lier la thématique des enjeux climatiques avec le champ pictural africain et créole. J’y vois une incitation à remettre en question nos habitudes de consommation occidentales, qui impactent les populations les plus démunies en premier lieu.

 

 

Art, transition et loi universelle – avec Emma Sutherland

 

Emma Sutherland est une artiste plasticienne à Edinburgh, et la loi universelle selon laquelle l’énergie ne peut être ni créée ni détruite est le centre de son travail.

Travaillant dans le paradigme de la vie, de la mort et de la renaissance, elle intègre les dualités que l’on trouve dans la science, la philosophie et la spiritualité.

Les médiums qu’elle utilise reflètent également ce modèle – fabriquant ses propres matériaux à partir de la destruction ou de la conversion de la matière. Emma Sutherland fait son propre papier à partir de vieux livres, de magazines et d’éphémères et donne vie à des images oubliées. Elle fabrique également de la cire encaustique à base de cire d’abeille et de résine : deux substances créées à partir de la nature.

« Je voulais donner une nouvelle vie et une nouvelle appréciation aux matériaux»

La combinaison de matériaux qu’Emma Sutherland utilise aboutit un ensemble d’œuvres comprenant collage, sculpture, textile et peinture.

 

Slow Art et anxiété écologique – avec Ge L’Heureux

 

La pratique artistique de Ge L’Heureux s’inscrit dans le concept de Slow Art, mouvement revendiquant des valeurs esthétiques écologiques. Entre les médiums traditionnels et les arts numériques, elle questionne la course folle dans laquelle chaque humain est engagé. L’évolution de la biodiversité, l’éco-anxiété et l’habitat sont des thèmes récurrents dans son travail.

Ge L’Heureux s’intéresse à la manière dont elle peut se tourner vers un mode de production plus respectueux de son environnement, en éliminant toute dépendance aux grands fournisseurs et en adaptant sa pratique artistique en fonction des matériaux qui sont disponibles localement, au moment de la création. Ainsi, elle fabrique elle-même ses medium (peinture, pastel…) à partir de matières premières obtenues de manière éthique.

 

Cette démarche permet une prise de conscience envers la provenance des matériaux, ainsi que la compréhension de leur valeur et de leur impact, rétablissant un lien étroit avec la nature.

En 2018, Ge L’Heureux réalisera une exposition nommée Solastalgia, une série de sept grands tableaux qui représentent de manière abstraite les cours d’eau, terrestres ou souterrains, et de leurs mouvements fluides. Décrit par l’australien Glenn Albrecht, philosophe de l’environnement et professeur, la « Solastalgia » serait le nouveau mal-être humain du XXIe siècle. Ce terme décrit l’angoisse et l’anxiété ressentie devant la détérioration de notre planète et par conséquent de nos milieux de vie, notre santé mentale et psychique.

 

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