Pouvez-vous citer 5 femmes artistes ? ou pourquoi le mois de la femme en art est important

Pourquoi est-il plus difficile de se rappeler du nom d’artistes femmes? Réponse :  parce qu’on n’en voit nulle part, tout simplement ! Les femmes artistes sont encore sous-représentées dans les musées et toutes formes d’art public. Cela s’explique par deux facteurs principaux, leur absence dans l’histoire de l’art et leur sous-représentation dans les collections contemporaines. 

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« Pouvez-vous me citer 5  femmes artistes en moins d’une minute? »

 

Le mois de Mars était le mois de la femme en Art. Lorsqu’on m’a demandé en quoi cela était important, je me suis souvenue d’un exercice simple que j’avais mis en place lorsqu’on me demandait pourquoi nous avions créé Fatale Art, une galerie d’art ne représentant que des femmes artistes. 

L’exercice est simple, Pouvez-vous me citer 5 femmes artistes célèbres en moins d’une minute? Non? Et bien c’est normal, même en tant que galeriste féministe, l’exercice est beaucoup plus rapide à réaliser lorsqu’on me demande 5 hommes que 5 femmes artistes célèbres. Voilà pourquoi le mois des femmes en Art est si important!

 

Les effacées de l’histoire de l’art pendant des siècles.

 

« Cachez moi ce pénis que je ne saurais voir »

Jusqu’à la fin du 19e siècle, les femmes artistes étaient rares, et la raison est simple, on ne les laissait pas accéder aux cours de peinture. Pendant longtemps, la peinture d’Histoire (portraits de notables, scènes intronisant les personnes de pouvoir) trônait au sommet de la hiérarchie des genres artistiques. Bien savoir représenter le corps humain était donc indispensable pour réussir ce type de tableau. Mais, les femmes se voyaient refuser l’accès aux cours de dessin, dont les modèles étaient des hommes nus.

« Les femmes n’ayant pas accès à ces cours d’anatomie pour des raisons de pudeur, elles étaient écartées, forcément, de la possibilité de se faire reconnaître comme étant des peintres d’Histoire, et donc d’atteindre le plus haut niveau de reconnaissance », a expliqué Nathalie Bondil, au micro de Catherine Richer, chroniqueuse culturelle à l’émission Le 15-18.

 

« Se faire passer pour un homme pour exister » 

Jean-François Bélisle, directeur général du Musée d’art de Joliette, explique aussi le nombre peu élevé d’œuvres historiques de femmes dans les musées par un autre facteur.  Les femmes usaient de pseudonymes masculins ou empruntaient le nom de leur mari afin que l’œuvre soit acceptée et bien reçue par la communauté. La pratique était connue dans le milieu artistique et de nombreuses écrivaines ont eu aussi recours à ce stratagème pour se faire publier.

Certaines toiles ou sculptures identifiées comme ayant été réalisées par des hommes peuvent ainsi, en réalité, avoir été produites par des femmes et il est difficile pour les historiens de pouvoir identifier le genre de l’artiste a posteriori.

Même lorsque les artistes femmes sont reconnues et talentueuses, elles se retrouvent souvent sous l’ombre d’un conjoint artiste lui aussi.  Quelques exemples à travers les siècles :

  • L’influence de Camille Claudel dans l’œuvre « la porte des Enfers » le chef-d’œuvre qui consacra Auguste Rodin au rang de maître (1890 – 1910)
  • Le couple Joan Mitchell & Jean-Paul Riopelle dont La collaboration est riche. On occultera longtemps l’apport de Mitchell dans le travail de Jean-Paul Riopelle (1920 – 1990)
  • Les oeuvres de Christo et Jeanne-Claude qui ont été majoritairement attribuées à Christo sous prétexte que Christo est un nom plus « bankable ». (1960 à aujourd’hui)

NB :  Il est à noter, que si certains hommes artistes en profitent pour s’attribuer le travail de leur conjointe ( comme Margaret Keane,  « Big Eye Artist », dont le mari s’attribue le talent) , c’est souvent les journalistes qui occultent de parler de l’apport de de la femme dans le duo créateur.

 

Pour en savoir plus sur les femmes oubliées de l’histoire de l’art :

Voici quelques conseils de blogs et comptes instagram :

  • Le compte @merelachaise qui retrace les portraits de femmes Badass enterrées au Cimetière du Père-Lachaise
  • Le podcast et compte insta : @femmesdart_ qui met en lumière les femmes des milieux artistiques
  • Le compte @womeninarthistory qui retrace le travail de femmes artistes de tous les horizons

Des musées en quête de parité des genres.

 

De très belles initiatives

Si vous suivez un peu le monde des arts, vous n’avez pas pu passer à côté de l’initiative du Baltimore Museum of Art (BMA) de fin 2019 qui provoqua une frénésie dans le milieu des Arts. L’institution annonçait s’engager à « acheter exclusivement des œuvres de femmes » en 2020.

Sur les plus de 95 000 objets figurant dans le musée, explique son directeur, 4% seulement sont l’œuvre de femmes. Le BMA va donc consacrer cette année près de 2,5 millions de dollars à acquérir des œuvres de femmes. Il entend aussi réorganiser plusieurs de ses galeries pour mieux mettre en valeur les femmes, et organisera une vingtaine d’expositions de femmes artistes.

Du côté du Québec, on notera au cours des derniers mois deux expositions spectaculaires au MAC de l’artiste autochtone Rebecca Belmore et la peintre Janet Werner.

En plus de s’interroger constamment sur la représentation des femmes artistes quand il organise des expositions collectives ou d’autres projets, le MAC a décidé de réécrire sa politique d’acquisition afin que sa volonté de rendre les femmes artistes plus visibles subsiste même si l’équipe de direction ou de conservation change.

 

Encore des obstacles à franchir  

Récemment,La volonté des musées de féminiser leurs collections se heurte parfois à des contraintes budgétaires. Et oui, pour pouvoir représenter plus de femmes, encore faut-il avoir les moyens d’en acquérir. Seuls les musées avec des budgets élevés peuvent se permettre une politique ambitieuse en terme de parité.

Il faut aussi comprendre que de nombreux musées sont tributaires des dons des mécènes pour constituer leurs collections. Certains musées peuvent compter sur des cercles philanthropes qui se concentrent sur l’achat d’œuvres créées par des femmes.

le MBAM a pu s’offrir une toile de la peintre expressionniste américaine Elaine de Kooning, qui a vécu au siècle dernier, grâce au don d’un demi-million de dollars d’une philanthrope.

Conclusions : Restons optimistes pour le futur

 

Les préjugés ont la vie dure et il y a un encore un très gros travail de changement de perception à faire dans notre société. Il faudra des initiatives comme celle du « mois de la femme en art » pour faire évoluer les mentalités mais nous pouvons nous réjouir de voir des projets artistiques intégrant de plus en plus la question de la parité dans leurs réflexions.

 

Pour en savoir plus sur les femmes en art contemporain, voici quelques conseils de blogs et comptes instagram :

  • Le compte @women.in.contemporary.art te fait découvrir des femmes fantastiques
  • Le compte @all.she.makes a pour but d’augmenter la visibilité des artistes femmes à travers le monde
  • Le compte @artgirlrising lutte contre la sous-représentation des femmes dans les musées et galeries, et en plus vous pouvez acheter un de leur beau T-shirts.

 

 

 

 

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